La licence professorat des écoles ne peut se faire au détriment des étudiantes et des personnels

Afin de répondre à la crise d’attractivité des concours et des métiers de l’enseignement et de l’éducation, une nouvelle réforme du recrutement et de la formation des enseignant·es et des conseiller·es principaux et principales d’éducation (CPE) a été lancée par le gouvernement. Elle met fin à une précédente réforme (déjà initiée sous Macron) qui, en déplaçant les concours à Bac+5 sans solution de financement des études, n’avait, quant à elle, pas permis de résoudre la crise d’attractivité. Quelle surprise !

Un des points majeurs de cette réforme est la création d’une nouvelle licence professorat des écoles (LPE), création qui résoudrait la crise d’attractivité en proposant une orientation claire aux lycéen·nes se destinant à ce métier.

A l’université d’Orléans, comme dans la plupart des universités, c’est l’INSPE qui porte cette licence aux multiples contraintes :

  • sur le nombre de places ouvertes : 60 % des postes ouverts au concours de recrutement de professeur·es des écoles (CRPE) ;
  • sur les contenus avec un cadrage national très précis sur le nombre d’heures allouées à chaque discipline ;
  • sur les intervenants avec au moins 50 % enseignants dits « de terrain », c’est-à-dire qui ne sont pas en poste à l’université.

L’Université d’Orléans comme ses enseignants voient leur autonomie très limitée et se retrouvent réduits à des prestataires de service pour le rectorat.
Pire, la LPE n’est ouverte que sur 4 des 6 sites départementaux de l’INSPE : pas de licence à Blois, ni à Bourges. A Blois, le nombre d’étudiantes va être divisé par 3, assombrissant le futur du site et de ses personnels. Pourtant, c’est précisément là qu’il manque une offre d’enseignement supérieur pour les jeunes qui n’ont pas les moyens de poursuivre des études dans les grandes villes universitaires.

A l’inverse, deux groupes sont ouverts à Orléans, alors qu’il existait déjà une licence Sciences du langage sur place, qui accueillait jusque là une part importante des étudiant·es se destinant au professorat des écoles. L’équipe de Sciences du langage n’a évidemment pas été associée à la construction de la LPE : on perd toute l’expérience acquise, déstabilise une formation et les services de ses enseignant·es.

A l’issue de la LPE, c’est le concours qui permettra l’entrée en master. Certes, les lauréat·es auront un statut de fonctionnaire stagiaire, mais quelle poursuite d’étude sera alors possible pour des étudiant·es qui auraient suivi la LPE mais n’auraient pas réussi le concours ? Pour l’instant il sera possible d’en accueillir certain·es dans le nouveau master M2E, mais dans un contexte de baisse constante des moyens, aucune garantie que cela perdure à long terme, d’autant qu’il faut pour cela que le rectorat accepte de fournir des berceaux de stage. Ici encore, l’Université n’a plus aucune autonomie et le droit à la poursuite d’étude n’est pas assuré.

De façon plus générale, quelles options de réorientation seraient possibles pour des étudiant·es souhaitant changer de voie ? Aucune réponse satisfaisante n’a pu être apportée à cette question pourtant fondamentale quant au devenir de nos étudiant·es. Si la L1 devrait encore permettre de changer d’avis, une fois engagé en L2, aucune réorientation n’est en réalité possible.

En imposant ses exigences d’employeur  dès la licence, le ministère de l’Éducation nationale cherche à contrôler les contenus afin de formater de futur·es enseignant·es dociles, politiquement et socialement conformes, prompts à appliquer les “bonnes pratiques” qu’il entend promouvoir.

À ce modèle dangereux et inefficace, nous opposons une formation universitaire et émancipatrice, articulant la recherche et les terrains afin de former des enseignant·es capables de penser de manière autonome, de garder une distance critique vis-à-vis des prescriptions institutionnelles, de comprendre les enjeux sociaux de l’école, d’analyser programmes et dispositifs, de faire des choix pédagogiques éclairés, en fonction des contextes où elles et ils exercent et des besoins de leurs élèves. C’est à cette condition que les enseignant·es et les CPE ne seront pas réduit·es à un rôle d’exécution mais seront véritablement concepteur·ices et acteur·ices de leur intervention auprès des jeunes générations.